Je rappelle, en commençant, que les deux chiffres apparaissant
à la suite des noms des divers pays (par exemple : Chine –
76/86) s’expliquent de la façon suivante : le premier
indique le nombre total de situations sur lesquelles l’Acat
s’est penchée dans ce pays, le second le nombre total
de lettres d’intervention qui y ont été envoyées.
Il y a six rédacteurs de lettres d’intervention en ce
moment à l’Acat, dont ces statistiques illustrent et
résument le travail; plusieurs peuvent avoir écrit à
propos d’une même situation. Plus nous écrivons,
plus nous multiplions les gouttes d’eau.
C’est à la Chine que revient le plus haut niveau des
interventions de l’Acat en 2008 : 86 lettres. Cela s’explique
en tout premier lieu par la population de ce vaste pays : 1,3 milliard
d’individus. Mais comparez avec l’Inde, qui semble vouloir
rattraper le géant démographique chinois : 20 lettres
d’intervention seulement en 2008 pour une population d’un
milliard d’individus. La Chine est une dictature communiste;
l’Inde est la plus grande démocratie du monde (en termes
de population). 2008 aura été l’année d’un
grand événement en Chine : les Olympiades, inaugurées
le jour magique du 8 du huitième mois de l’an 2008. Autour
de cette date et de cet événement, bien des pressions
internationales ont tenté de forcer le gouvernement chinois
à reconnaître, qui les droits des Tibétains, qui
les droits des dissidents, qui les droits humains en général,
sans grand succès. Les manifestants étrangers ont été
habilement et rapidement évacués. Le sujet est sensible,
mais l’État est omniprésent et poursuit une politique
répressive sans trop se gêner.
Le pays qui suit la Chine en termes de violations des droits fondamentaux
est l’Iran, avec 58 lettres d’intervention dans l’année.
L’Iran nous est bien connu pour ses velléités
nucléaires, ses paroles jetées en l’air à
l’intention des Juifs, ses Ayatollahs aussi. Dans un régime
dit théocratique, soit venant directement de Dieu, Allah le
Miséricordieux, on réprime les libertés individuelles
à grands coups : flagellations, lapidations, amputations de
la main ou d’un pied, pendaisons à l’aide de grues
mécaniques (devant servir plutôt dans la construction),
emprisonnements de dissidents et pratique largement répandue
de la torture, et de toutes les variétés de celle-ci.
Sans commentaires!
Le Mexique suit avec 51 lettres d’intervention. Ce pays connaît
encore de graves problèmes au niveau du respect effectif des
droits de la personne. Il promet, il tente de réduire la marge
d’impunité trop répandue dans ses commissariats,
ses Cours de justice, auprès de ses magistrats ... mais les
Forces armées et la Police sont rarement poursuivies. À
l’égard des autochtones, il y a un racisme flagrant qui
agit en sourdine un peu partout et les violations des droits humains
de ces derniers sont parmi les plus importantes dans ce pays. Les
autorités nous répondent, d’une manière
assez régulière, ce qui révèle que nos
lettres sont lues et tenues en considération. Mais sur le terrain,
en plus des autochtones, sont encore visés par des menaces
de tous genres les défenseurs des droits humains et les écologistes,
signe que la situation n’est pas suffisamment contrôlée.
S’ajoutent à ces réalités la mort de plus
de six-mille personnes aux mains du crime organisé. De même,
dans la Ville de Ciudad Juarez, dans le nord-ouest du pays, plus de
75 femmes ont été assassinées.
Suivent la Colombie et la République démocratique du
Congo, avec respectivement 38 et 36 lettres d’intervention.
La Colombie est aux prises avec la guérilla des FARC, les Forces
Armées Révolutionnaires Colombiennes, de l’emprise
desquelles l’Armée colombienne a réussi à
extirper Ingrid Bétancourt le 2 juillet 2008, ainsi qu’un
groupe d’autres otages. Des centaines de civils sont toujours
maintenus en captivité et par les FARC et par l’ALN,
l’Armée de Libération Nationale, autre groupe
d’extrême-gauche. Mais, face à cela, demeure la
problématique encore plus dramatique des agissements des forces
paramilitaires d’extrême-droite, dont les moyens et méthodes
sont similaires : les ressources (armes et matériel) provenant
du trafic de la cocaïne, les massacres de villageois indigènes
totalement neutres dans ce conflit, fréquents et meurtriers,
les enlèvements… Le plus important groupe paramilitaire
est l’AUC (Autodefensas Unidas de Colombia); d’autres
sont apparus, tels les Aigles noirs et la Nouvelle génération.
Ce que l’on doit faire remarquer, c’est que ces groupes
illégaux sont tolérés par l’Armée
colombienne. La Colombie a, en la personne de son président
Álvaro Uribe, un représentant de la droite sud-américaine.
Il y a là une ambiguïté flagrante. Depuis plus
de vingt ans, la Colombie promet de démanteler les groupes
paramilitaires. Elle affirme avoir démobilisé la plus
grande part de ces groupes, ce que d’autres éléments
de preuve tendent à contredire.
En République démocratique du Congo, la situation dans
le Nord-Est est devenue intensément dangereuse ces dernières
années, autour de la rébellion menée par Laurent
Nkunda. Cette région, qui porte le joli nom de Kivu, est dans
une situation extrêmement complexe, impliquant à la fois
les Forces congolaises régulières, les milices locales
maï maï (alliées des FC), le groupe armé autour
de L. Nkunda, des forces rwandaises et de part et d’autre les
exactions contre les parties civiles, les assassinats, les viols généralisés,
les vols, les rapts, se répandent et la situation est hors
contrôle complètement, la MONUC (Mission de l’ONU
en RDC) étant dans l’impossibilité d’intervenir
de façon concluante. Fait à noter : plus de 1,4 million
de personnes ont été déplacées par ce
conflit. Navrante aussi la situation dans laquelle se retrouvent les
enfants, enlevés à leur famille, puis intégrés
au combat.
Louis Lafleur, coordonnateur aux interventions.