» Novembre-décembre 2007: République dominicaine: enfants d'origine haïtienne privés de tous droits: Pétition Lettre
» Septembre 2007: Pétition contre la peine de mort adressée aux Nations Unies Lettre
» Mai-juin 2007: France: Disparition du journaliste Guy-André Kieffer en Côte d'Ivoire: Lettre
» Mars 2007: États-Unis: Military Commissions Act et tortures autorisées: Lettre
» Janvier-février 2007: Équateur: Guadalupe de Heredia: Lettre
Faisons d’abord un bref retour sur
les pétitions que l’Acat a fait circuler en 2007. En mars-avril
nous avons adressé à Mme Louise Arbour, la Haut-commissaire
aux droits de l’Homme de l’ONU, à Genève,
une pétition condamnant la nouvelle loi antiterroriste promulguée
le 17 octobre 2006 par le gouvernement Bush, loi qui allait permettre
le recours à des méthodes contraignantes d’interrogatoire
des suspects de terrorisme. Nous avons recueilli 3,535 signatures. Puis,
en septembre-octobre, nous nous sommes adressés par voie de pétition,
à M. Ban Ki-moon, secrétaire général de
l’ONU à New York, pour l’encourager dans son projet
de moratoire mondial sur la peine de mort, moratoire qui fut adopté
par une forte majorité de pays membres. Nous avions recueilli
2,181 signatures. Enfin, en novembre-décembre, nous avons adressé
au Président de la République dominicaine, M. Leonel Fernández,
une pétition réclamant les droits civiques complets pour
les enfants d’origine haïtienne, nés dans les bateys,
les plantations de canne à sucre, à la frontière
entre les deux pays. Cette pétition a recueilli 2,269 signatures.
Le calcul des interventions réalisées par l’Acat,
par ordre de pays, se fait de deux manières. Le premier chiffre
que vous voyez représente le nombre de cas différents
sur lesquels l’Acat s’est penchée. Le second chiffre
représente le nombre de lettres envoyées. Il est parfois
plus élevé, puisque nous sommes parfois plus d’un
bénévole à répondre à une situation
donnée. Nous pensons que plus nous envoyons de lettres, mieux
c’est. La force du nombre est ce qui compte. La force du texte
aussi, bien sûr, mais plus nous sommes nombreux à écrire,
meilleures sont nos chances de succès. En 2007, l’Acat
est intervenue le plus souvent dans les quatre pays suivants : l’Iran
en premier lieu, avec un total de 64 lettres, puis le Mexique, avec
43 lettres, la Colombie et la Chine avec chacune 38 lettres.
Commençons par l’Iran. Ce pays de plus de 70 millions
d’habitants est riche en pétrole. Vous le savez. Il connaît
paradoxalement une hausse importante du coût de la vie, générant
des protestations de plus en plus répandues dans la population.
Plusieurs voix s’élèvent contre l’actuel
président, dont les déclarations anti-israéliennes
et anti-occident sont bien connues. Pensez un instant : la hausse
d’un dollar du prix du baril de brut, rapporte annuellement
900 millions $US à l’Iran en supplément. Comment
se fait-il qu’un pays aux possibilités économiques
si avantageuses verse ainsi dans les pires violations des droits de
l’homme qui soient : exécutions publiques fréquentes,
lapidations pour motifs religieux, amputations pour vol, flagellations
et tortures de tous genres? Surtout, dans un pays où le taux
de reproduction est assez élevé, comment s’expliquer
qu’on incarcère et qu’on exécute encore
des jeunes de 16 ou 17 ans qui auraient commis un crime impardonnable?
Ou que l’on juge tel. Il règne à travers tout
ce pays un climat de répression extrêmement sévère,
émanant des plus hautes autorités de l’Iran :
la caste des Ayatollahs. Les problèmes de l’Iran viennent
tous de cette rigidité et de cet archaïsme qui caractérisent
le gouvernement religieux, la théocratie iranienne. Quand sera-t-elle
enfin renversée?
Les pays latino-américains connaissent tous leurs difficultés
à s’affranchir d’un passé dominé
par la classe militaire, responsable des années de répression
et de violations systématiques des droits de la personne. Il
en subsiste encore des vestiges. Ils sont ancrés dans les vieilles
mœurs policières et militaires. De même que dans
le cadre judiciaire où l’impunité des responsables,
pourtant bien connus et identifiés, est encore largement répandue.
La Colombie se bat sur tous les fronts : contre l’extrême
gauche (FARC et ELN), contre les barons de la drogue, la cocaïne
surtout, et contre les groupes paramilitaires, que l’on pourrait
ranger dans la catégorie des escadrons de la mort. Ils se ressemblent
tous dans un sens. Ils détiennent non seulement des otages
particuliers, comme c’est le cas chez les FARC (Mme Ingrid Bétancourt
et les sept cents autres), mais toute la population colombienne en
captivité. Il n’y a pas un moment de paix dans ce pays!
La Colombie est l’un des deux seuls pays d’Amérique
du Sud à ne pas avoir basculé vers la gauche; le Pérou
est l’autre. Les liens présumés entre le Président
Uribe et son cousin le sénateur Marco Uribe avec les AUC (Autodefensas
Unidas de Colombia), plus important groupe paramilitaire du pays,
illustrent la problématique profonde de cette nation. Au cœur
de ce conflit, les paysans pauvres, largement majoritaires, qui ne
se réclament ni de l’extrême gauche, ni de l’extrême
droite et qui ne demandent que le droit de vivre en paix sur leurs
petites terres. Cibles préférées des uns et des
autres, ils paient un lourd tribut, souvent le prix de leur vie, dans
cet éternel conflit.
La Chine est à la une des droits de l’homme en cette
période pré-olympique et il est grand temps que la communauté
internationale révèle au monde l’ampleur des violations
systématiques des droits dans ce vaste et populeux pays. Torture
pratiquée à large échelle, peine de mort la plus
importante en chiffres (80% du total mondial), appliquée jusqu’à
10,000 fois par an, les corps des exécutés livrés
à des cliniques spécialisées pour l’extraction
et la vente des organes sur le marché noir, les travaux forcés
pour les dissidents et la liste est longue. Il y a quelque chose de
macabre et d’insupportable dans ce bilan où l’on
constate avec tristesse le peu d’importance que revêt
la vie humaine, son respect, sa dignité, bafoués à
l’excès par un régime dictatorial et mu de plus
en plus par le seul objectif financier, matérialiste de cette
masse humaine de 1,3 milliard d’individus.
Je voudrais glisser un mot sur le Népal, petit pays himalayen
où des élections récentes ont porté au
pouvoir le groupe des communistes maoïstes népalais, avec
en vue l’abolition de la monarchie et l’instauration d’une
république. Un certain calme est revenu. Les combats entre
maoïstes et monarchistes ont cessé. Le nombre des interventions
de l’Acat vers ce pays, jadis élevé, a radicalement
chuté.
Je voudrais terminer en parlant brièvement des Etats-Unis.
Là aussi, nous sommes intervenus beaucoup moins que d’habitude.
Saviez-vous qu’il n’y a pas eu d’exécution
capitale chez l’Oncle Sam depuis sept mois? C’est énorme
sept mois pour un pays où l’on enregistrait une exécution
par semaine dans un passé récent (lorsque M. Bush était
encore gouverneur du Texas). La raison de cette accalmie réside
dans le débat à la Cour suprême sur la question
de la constitutionalité de la pratique de l’injection
létale. Constitue-t-elle un châtiment cruel et inhumain?
C’est presque un moratoire sur les exécutions. Et ces
jours-ci, un homme incarcéré dans le couloir de la mort
de la Caroline du Nord, Levon «Bo» James, a été
libéré après qu’on eut établi qu’il
n’était pas coupable. Après 14 ans de détention!
Et dire qu’on s’apprête à s’y remettre
en Georgie, la Cour suprême ayant jugé que l’injection
létale ne constitue pas un acte de torture!
Louis Lafleur, coordonnateur aux interventions.